SPOKANE, Washington (AP) - Faire profil bas, chercher à gagner du temps... Un centre américain prodigue des conseils aux employés des entreprises privées, fonctionnaires ou parlementaires pour éviter d’être enlevés ou, le cas échéant, survivre à une prise d’otages.
L’exercice commence : un élève baisse la tête, enlève sa montre et sort son portefeuille sur l’ordre de l’un des hommes encagoulés et armés. Lorsque les assaillants demandent qui est américain, discipliné, il lève la main, pensant que de toute façon son passeport le trahira. Mauvais réflexe, selon Randy Spivey, directeur du Centre national d’entraînement pour la survie des otages (NHSTC) après avoir longtemps été expert en prises d’otages au ministère de la Défense : si les ravisseurs lui avaient ensuite demandé pourquoi il ne s’était pas manifesté, l’otage aurait pu prétendre avoir été trop perturbé ou effrayé pour répondre à la question.
Car selon les experts, la pire chose à faire dans les premières minutes d’une prise d’otages est d’attirer l’attention sur soi. "Nous conseillons de ne pas mentir mais de ne pas non plus se mettre en avant dans un moment tendu", souligne M. Spivey, qui a créé en 2004 le NHSTC, une société privée, à Spokane, dans l’Etat de Washington (Ouest). On peut ainsi gagner un temps précieux dans les premières minutes d’un enlèvement, les plus dangereuses pour un captif parce que les ravisseurs sont également stressés, précise le chef du NHSTC.
Pour 650 dollars la formation d’une journée, le stagiaire apprend comment éviter d’être pris en otage, et, s’il est quand même enlevé, comment être armé psychologiquement pour survivre. Parmi les clients figurent des membres du Congrès, le ministère de la Justice, le département d’Etat et d’autres administrations ainsi que de nombreuses entreprises.
Un récent séminaire rassemblait ainsi un agent de voyage, un responsable de la sécurité dans une université, un comptable et quatre dirigeants d’entreprise. Au milieu d’une discussion, trois hommes masqués ont fait irruption dans la salle et ont commencé à crier des ordres. Une simulation d’une minute qui a permis à Randy Spivey d’entrer dans le vif du sujet.
Les ravisseurs qui cherchent à obtenir une rançon vont regarder le portefeuille, la montre et les bijoux de leurs captifs pour déterminer s’ils ont affaire à une proie intéressante, a expliqué M. Spivey. De nombreux voyageurs transportent également dans leur portefeuille des documents identifiant leur entreprise, autre source possible de rançon.
M. Spivey conseille donc à ses compatriotes de ne pas emporter de bijoux de valeur et d’ôter de leur portefeuille les informations non indispensables lors des voyages à l’étranger. Par ailleurs, dans un avion de ligne, mieux vaut s’asseoir à l’arrière près de la fenêtre, où l’on se trouve le plus à l’écart des pirates de l’air, selon lui.
Mais alors que les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont popularisé l’idée selon laquelle les passagers des vols commerciaux auraient intérêt à se montrer combatifs face aux pirates de l’air, le directeur du NHSTC invite à soigneusement évaluer la situation avant de passer éventuellement à l’action.
Si les pilotes restent aux commandes ou si l’appareil survole un océan, il est en effet peu probable qu’il s’écrase contre un bâtiment à brève échéance, souligne-t-il. Mais "si les pirates pilotent au-dessus d’une ville, il est probablement préférable d’attaquer".
Dans la rue aussi quelques précautions peuvent s’avérer utiles : raser les murs et tâcher de repérer toute personne ou tout véhicule qui semble vous suivre fait de vous une proie moins aisée, explique encore Randy Spivey. Mais un exercice pratique a vite montré aux élèves que c’était plus facile à dire qu’à faire. "Personne ne repère tous" les suspects, a lâche M. Spivey, fataliste.