Il voulait un supersonique Concorde pour sa collection, mais a dû se contenter d’un chasseur Mirage IIIE.
Trois ans après avoir quitté la présidence slovaque, Rudolf Schuster se consacre inlassablement à l’enrichissement du musée aéronautique de sa ville, Kosice.
L’ancien chef d’Etat a déjà obtenu 18 avions de combat et un missile de fabrication soviétique, offerts par des pays amis dont la Chine, l’Ukraine, les Etats-Unis ou la Suisse.
"Le premier avion que j’ai reçu, c’était, en 2001, un Sukhoï Su-15, offert par l’ex-président ukrainien Léonid Koutchma", se souvient avec fierté cet homme de 73 ans au parcours éclectique de photographe, cameraman et écrivain.
Un an plus tard, le premier président slovaque élu au suffrage universel (1999-2004) inaugurait officiellement le Musée national de l’aviation à Kosice, ville dont cet ancien communiste fut élu maire par trois fois (1983-1986, 1994-1998 et 1998-1999).
Aujourd’hui, l’avion soviétique d’interception SU-15 figure en bonne place dans le hangar d’exposition situé à l’aéroport de la deuxième grande ville slovaque.
Le musée se veut une rareté en Europe centrale, avec sa collection qui comprend entre autres un avion d’attaque A5 Fantan de l’armée chinoise, un chasseur Phantom F4F de l’armée allemande ou un chasseur suédois SAAB 37 Viggen.
Pour son 70ème anniversaire, le 4 janvier 2004, le président Koutchma qui voulait lui faire une surprise, a envoyé à Rudolph Schuster un missile balistique SS-24, sans le prévenir.
"J’ai été averti par un message signalant des problèmes de transit à la frontière et j’ai dû contacter l’ambassade des Etats-Unis pour expliquer qu’il s’agissait d’un cadeau" en souvenir de la guerre froide, se souvient-il en souriant.
En mai 2003, le collectionneur a profité des célébrations fastueuses du 300e anniversaire de Saint-Pétersbourg pour demander à Jacques Chirac un exemplaire du célèbre Concorde, avec l’entregent de l’ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi.
Mais du fait du nombre limité de supersoniques, le président français lui a finalement proposé un des Mirage construits par le groupe Dassault, explique-t-il.
En février 2004, le président américain Georges W. Bush est arrivé en Slovaquie avec un hélicoptère américain UH-1 Iroques qu’il a offert au musée. Le conseiller fédéral suisse Kaspar Villiger a quant-à-lui fait donation d’un avion d’interception réformé de l’armée suisse de type Mirage IIIRS.
"Je veux encore un hélicoptère de la part du prince Albert de Monaco", venu en visite à Bratislava en 2002, confie l’ancien chef d’Etat qui a silloné le monde pendant ses cinq ans de mandat.
Polyglotte, cet érudit aimait surprendre ses hôtes en prononçant un petit discours officiel dans leur langue, que ce soit l’arabe ou le chinois, en leur demandant, à leur arrivée, de planter un arbre dans le jardin présidentiel ou en les invitant à forger une bêche dans la petite ville de Medzev (est), avant leur départ.
Selon lui, ces rituels étaient avant tout destinés à "détendre l’atmosphère" des visites officielles. Et ses invités ont souvent permis d’enrichir le musée, visité par quelque 4.700 personnes au cours des quatre derniers mois.
Mais l’aviation n’est pas sa seule marotte : Rudolf Schuster collectionne aussi les publications.
Ce fervent catholique qui se flatte d’avoir rencontré treize fois feu le pape Jean Paul II, a écrit une vingtaine de livres dont trois romans policiers et des récits de voyages. Son livre de mémoires "Ultimatum" (1996) a été traduit en huit langues étrangères, dont le chinois, l’allemand et le russe.