On savait certains ultranationalistes hindous du Gujarat lecteurs assidus de « Mein Kampf » (cf. l’article de notre consœur Martine Gozlan, On tue Gandhi tous les jours, Marianne, n° 481). Dans un autre genre, moins idéologique, un restaurant fashion pour bobos de Bombay se fait sa pub en décorant son intérieur de svastikas.
« La croix d’Hitler », c’est son nom, installé dans la « city » de la capitale économique de l’Inde, en plus d’arborer fièrement des ornementations murales représentant des croix gammées, accueille le chaland avec une énorme effigie du Führer. Si ce n’était ce portrait trônant dans l’entrée, on pourrait croire qu’il s’agit de simples représentations d’un motif sacré lié à la tradition hindoue (le terme sanskrit svastika serait apparu pour la première fois dans le « Mahâbhârata », la grande épopée mythologique de l’Inde), représentant les pouvoirs antagoniques de Brahma.
Mais le propriétaire des lieux, Punit Shablok, a coupé court aux supputations en affirmant se placer dans une logique purement mercantile : « Nous ne faisons pas la promotion d’Hitler (...) nous voulons être différents. C’est un nom qui restera dans l’esprit des clients », a-t-il déclaré. Une opération marketing enrichie lors de l’inauguration de la présence de tout le gratin local (acteurs de Bollywood, responsables municipaux...).
Reste que cet « acte d’ignorance plus que de malveillance », d’après Jonathan Solomon, Président de la Fédération juive indienne, a mis en émoi une communauté qui compterait quelques 6000 âmes : les juifs de Cochin, (dont la présence au Kerala est attestée depuis le Xe siècle), les Baghdadi (dans les régions de Bombay et de Calcutta, émigrés d’Irak au XVIIIe siècle), et les Bene Israël (à Bombay, qui se réclament des dix tribus perdues). Toujours selon Solomon, ces juifs du Sous-continent « sont extrêmement perturbés par l’énormité de l’ignorance et de l’insensibilité » que révèle cet épisode, d’autant que dans leur histoire, probablement plus que millénaire, et comparé aux autres minorités, ils n’ont guère eu à souffrir de persécutions ou d’actes d’antisémitisme de la part des Indiens.