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Des chercheurs s’intéressent à James Bond

vendredi 2 février 2007.

PARIS (AFP) - Qui est James Bond, inoxydable héros de la deuxième moitié du XXe siècle ? Une quarantaine d’experts réunis jusqu’à jeudi ont entrepris d’y répondre à l’occasion du premier colloque international consacré à l’agent 007 en France, intitulé "Histoire culturelle et enjeux esthétiques d’une saga populaire".

Organisé par la Bibliothèque nationale de France (BnF), les universités de Versailles - Saint-Quentin en Yvelines et Nanterre et le Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle (CEEA), ce colloque a débuté mardi avec l’ambition de dé-construire la figure de l’espion britannique en multipliant les angles d’attaque, historique, esthétique, anthropologique, politique, psychanalytique.

Quelque 200 millions de livres de ses aventures se sont vendus dans le monde, selon Ian Fleming Publications, depuis "Casino royale" en 1953, le premier des douze publiés par son créateur Ian Fleming et suivis par une trentaine de romans et novélisations - adaptations de films - signés par quatre successeurs : Robert Markham, Christopher Wood, John Gardner et Raymond Benson.

Mais ce sont les 21 films qui ont véritablement fait du héros un "phénomène culturel mondialisé d’une longévité exceptionnelle", comme le souligne Fabien Boully, de l’université de Nanterre, organisateur du colloque où interviennent une quarantaine d’universitaires.

Avec plus de 4 milliards de dollars de recettes cumulées depuis 1962, la saga est devenue "le plus important succès de toute l’histoire du cinéma", estime le spécialiste Frédéric Gimello-Mesplomb.

Mais qui est donc James Bond ? la question court dans les interventions.

Un homme "sans foyer, sans histoire, sans relations sociales, parents, ni relations amoureuses durables, un individu solitaire qui rencontre ses partenaires dans des lieux de transit, hôtels, casinos, bars", résume Michael Baumgartner, de l’université de Vancouver.

James Bond est en outre un redoutable "promoteur d’objets de luxe", dont les marques - alcool, cigarettes, montres, voitures... - "contribuent à la production du film", affirme encore M. Flonneau.

Aussi la multiplication des scènes d’action à grand spectacle et des effets spéciaux draine un public toujours jeune vers les salles, ce qui fait de lui un "héros pour toutes les générations", estime Françoise Hache-Bissette.

Personnage hybride, "du roman il passe à la télévision dès 1954, à la BD en 1957 - dans les pages du Daily Express -, son adaptation au cinéma est mise en chantier dès 1959 et à l’apparition des jeux vidéo les licences James Bond sont parmi les premières, ce qui est un phénomène quasi unique", selon Loïc Artiaga.

Son univers est celui du monde scindé en deux par la guerre froide, "peuplé de solitaires paranoïaques, dont l’ordre symbolique est constamment menacé", une société "menacée d’extinction" si 007 "ne s’interpose pas pour faire échouer les desseins des méchants", résume M. Baumgartner.

C’est aussi un espion qui aime les techniques les plus fantaisistes voire improbables, du crocodile - sous-marin de poche d’"Octopussy" (1983) à l’Aston Martin invisible, en passant par la cartouche d’air comprimé anti-requin de "To live and let die" (1973), rappelle de son côté Mathieu Flonneau.

Car si l’univers de James Bond "se nourrit des inquiétudes du temps et de l’actualité", ces références réalistes s’estompent au fil d’un récit à la logique onirique, pour donner un "univers de fiction résolument exotique", qui est la clé du succès de 007, estime Mathieu Letourneux.