La guerre est déclarée entre l’université anglaise et la « Google génération », adepte du copier-coller. L’association des universités britanniques s’est rassemblée, mercredi, pour mettre au point un règlement national prévoyant des sanctions à l’encontre des étudiants reconnus coupables de tricherie et de plagiat dans leurs devoirs.
Le plagiat, péché capital de l’universitaire - passible d’expulsion - est un phénomène en expansion. Internet a rendu très facile aux étudiants l’accès aux exposés et mémoires d’autres « cerveaux », dont ils reproduisent des pans entiers. Un quart des étudiants britanniques reconnaissaient ainsi en 2004 avoir pratiqué à divers degré le plagiat. L’arrivée sur les bancs de la fac des Google addicts et autres Wikipediastes, des lycéens ayant grandi avec internet et n’ayant qu’une notion très vague de la propriété intellectuelle, devrait renforcer la tendance.
Beaucoup de ces nouvelles recrues ont en effet rédigé leurs dissertations du GCSE/A-level (équivalents du brevet et du baccalauréat anglais, qui comprennent une part de travail à la maison) via le « copier-coller » de documents trouvés sur le net. Ils ne voient aucun mal à poursuivre cette pratique, peu surveillée au lycée, une fois rentrés à l’université. L’autorité nationale des examens et des qualifications a démasqué en 2003 plus de 3600 adolescents malhonnêtes, soit une hausse de 9% par rapport à l’année précédente. Lors des épreuves d’examens, ce chiffre atteignait 1943 dont plus de 10% (202) de plagiats avérés.
La tentation du net est d’autant plus grande que des sites spécialisés dans la rédaction de sujets se sont multipliés. L’aide en ligne est un marché juteux. Certaines compagnies facturent 1000£ (1500 €) le devoir mention très bien. , qui propose une bibliothèque virtuelle de 126 000 essays (dissertes), la plus vaste du pays, rassemble 240.000 abonnés et réalise un chiffre d’affaires d’environ 600.000€. Face à cette déferlante, les correcteurs n’ont qu’une seule arme pour seconder leur stylo rouge : le logiciel Turnitin, qui s’appuie sur des bases de données de dissertations pour détecter le pompage abusif. Mais ce limier numérique a ses limites : nombre de ressources en ligne étant protégées par des pare-feux.
« Un employeur est en droit d’attendre qu’un doctorant sorti d’Oxford puisse justifier ses recherches avec ses propres mots », dénonce Alan Grafen, le surveillant général de la prestigieuse université. Craignant que cette banalisation de la triche ne menace l’excellence de leurs facultés et la valeur de leurs diplômes, les établissements supérieurs se sont réunis mercredi à Londres. Leur priorité immédiate est d’abord de déterminer une définition nationale du plagiat pour éviter les inégalités entre étudiants. Dans certains endroits, dix mots identiques de suite tombent sous l’accusation de plagiat, ailleurs ce sont trois phrases ! Il faut aussi sensibiliser les élèves. Une part importante des fautifs sont des étudiants internationaux, qui n’ont pas l’habitude de référencer soigneusement (auteur, œuvre, numéro de page), les citations empruntées ou qui n’ont pas assez confiance dans leur niveau de langue pour se démarquer du texte d’origine. Le plagiat se révèle alors involontaire.
Les syndicats étudiants insistent sur la responsabilisation des élèves pour éviter leur criminalisation excessive. Ils proposent qu’ils aient accès à Turnitin pour tester, eux-mêmes, leurs travaux et corriger les passages licencieux avant d’être pris la main dans le sac. D’ailleurs, en signe de bonne volonté, a accepté d’ouvrir sa base de données à Turnitin.
Des participants ont néanmoins plaidé pour une réforme de la pédagogie universitaire. Ruth Deech, médiatrice des plaintes étudiantes, a suggéré que l’usage des ordinateurs par les étudiants soit limité pour que ceux-ci reviennent à des méthodes d’apprentissage plus traditionnelles telles que la prise de notes sur ouvrages qui les obligent à « digérer » les informations retenues. Elle a aussi demandé aux professeurs de remettre l’accent sur l’enquête. La palme du radicalisme et de l’inventivité revient à Boris Johnson. Ce député de l’opposition conservatrice, chargé de l’éducation, a proposé de renforcer la part des examens de fin d’année au détriment du contrôle continu. « La salle d’examen et la panique qu’elle engendre poussent les élèves à apprendre très sérieusement leurs leçons », a-t-il déclaré. On peut parier également qu’elle fera redécouvrir aux étudiants une méthode de triche vieille comme le monde : l’œil louche sur la copie du voisin...